ENREGISTREMENT AUDIO

Histoire condensée de l’enregistrement magnétique

Il y a quelques grands noms indissociables de l’histoire de l’enregistrement magnétique : Valdemar POULSEN, Fritz PFLEUMER, Willi STUDER, Les PAUL & Alexander PONIATOFF (Ampex), Stefan KUDELSKI (Nagra),… pour n’en citer que quelques-uns.

Pour tenter de retracer cette épopée il faut aujourd’hui, remonter de 2 siècles en arrière. De tout temps l’homme a cherché à conserver une mémoire auditive, puis visuelle des événements. A force de patience et d’acharnement, cette recherche a finalement été couronnée de succès comme on peut le constater aujourd’hui.
C’est en 1807 que l’on trouve trace du premier enregistrement d’une empreinte sonore.
Cette année-là Thomas YOUNG fabriqua un instrument qui permit de mettre en évidence des vibrations électroacoustiques sur un cylindre enduit de noir de fumée.
Bien entendu, il n’était pas question de relecture, mais c’était bel et bien un enregistrement.
Il faut ensuite attendre 1877 pour voir les travaux d’un autre Thomas, EDISON celui-ci, apparaître sur le marché sous la forme du Phonographe. A la même époque l’école française concrétisait parallèlement un projet du même genre avec les travaux de SCOTT de MARTINVILLE.

Dès les années 1889 un Ingénieur Danois du nom de Valdemar POULSEN travaille sur l’enregistrement magnétique en s’inspirant du phonographe à rouleau d’Edison. Il enroule une corde à piano en spirale autour d’un cylindre de cuivre qu’il fait tourner face à un électroaimant qui est lui-même connecté soit à un microphone à charbon dans la phase d’enregistrement, soit à un casque dans le cas de la lecture. Et ça Marche ! Cet appareil devient le premier enregistreur magnétique au monde et il fut introduit sous le nom de Télégraphone.
Dans sa version d’origine cet enregistreur à fil était capable d’enregistrer 30 secondes. L’appareil est présenté à l’Expo Universelle de Paris 1900 et obtient un succès de curiosité et d’estime, sans plus.

En 1903 POULSEN, met en évidence le phénomène de polarisation magnétique par champ continu ou prémagnétisation et équipe son appareil d’une prémagnétisation par courant continu et d’un effacement par aimant permanent. (Ce principe de prémagnétisation par courant continu était encore utilisé il n’y a pas si longtemps sur les enregistreurs audio à cassette de bas de gamme)
Les années 1900 ne sont pas propices à l’enregistrement magnétique, le télégraphe fonctionne déjà depuis quelque temps et l’industrie du disque se développe rapidement au détriment de l’enregistrement magnétique qui ne semblait pas promu à un grand avenir. A cette époque, l’avenir de l’enregistrement sonore, c’était le disque !
En 1905 POULSEN qui n’a pas trouvé le financement nécessaire pour continuer ses études cède ses brevets à la compagnie American Télégraphone Company qui fait faillite peu de temps après et enterre le principe de l’enregistrement magnétique.

En 1920 deux chercheurs américains de la Marine Nationale (US Navy), CARLSON & CARPENTER ressortent et améliorent le procédé d’enregistrement Télégraphone et introduisent l’électronique dans le procédé en utilisant la récente invention de Lee de FOREST qui n’est autre que le Tube à Vide : la Lampe. En 1923, ils apportent encore une autre amélioration décisive en introduisant la polarisation magnétique par champ alternatif.
La polarisation par courant alternatif (AC Bias) améliorait grandement la qualité d’enregistrement par rapport à la prémagnétisation par courant continu qui générait un bruit de fond important.
L’US Navy ne porte que peu d’intérêt aux travaux de CARLSON & CARPENTER et le projet de l’enregistrement magnétique retombe dans l’oubli et est de nouveau enterré pour un temps.

En 1927, un américain, J A O’NEILL a l’idée de remplacer le fil ou le ruban d’acier par une piste magnétique déposée sur une matière souple.
Cette même année, en Allemagne, PFLEUMER dépose un brevet similaire à celui d’O’NEILL alors que Curt STILLE reprend le flambeau de l’enregistreur magnétique à fil ou à ruban d’acier et établit une collaboration avec LORENZ Company.

Il faut attendre 1930 et la fusion avec la société Anglaise MARCONI pour voir apparaître la machine MARCONI–STILLE qui est un enregistreur magnétique à ruban d’acier. Le ruban d’acier de 3 cm (1/8”) de large et de 3/10eme de mm d’épaisseur est enroulé sur des bobines, et défile à la vitesse de 1,5 m/seconde devant des têtes fixes. Le montage s’opère à la cisaille et au fer à souder, une bobine de 50 minutes pèse alors plus de 20Kg et le ruban d’acier est extrêmement dangereux si un événement quelconque se produit pendant la phase de rembobinage.
Plusieurs machines MARCONI–STILLE sont vendues aux différentes stations de radio d’Angleterre et d’Allemagne.

Pendant ce temps-là, Fritz PFLEUMER, qui est également audiophile, consultant et chercheur, travaille pour une société allemande basée à Dresde et qui fabrique des cigarettes. S’inspirant de la méthode de fabrication de la bague dorée qui entoure le filtre des cigarettes, PFLEUMER expérimente une solution en fixant, à l’aide d’une laque, une fine épaisseur de poudre de bronze sur un support papier.
Fort de cette expérience, PFLEUMER pense à remplacer le dangereux et coûteux ruban d’acier des enregistreurs MARCONI-STILLE par un ruban de papier Kraft sur lequel on déposé une poussière de particules d’acier fixé par de la laque.
Premières expérimentations en 1929, c’est très mauvais, mais là aussi, ça marche !
PFLEUMER a démontré qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser une bande d’acier, mais que de simples particules fixées sur un support souple sont suffisantes pour enregistrer une information : la bande magnétique est née.
Par la suite le papier Kraft sera remplacé par un ruban en matière plastique.

En 1931, Fritz PFLEUMER, associé à la société AEG, jette les bases d’un enregistreur magnétique qui sera proche de nos enregistreurs d’aujourd’hui, ou plutôt d’hier puisqu’aujourd’hui on ne fait plus appel au magnétophone.

Dans l’idée de développer un ruban plastique du style de celui inventé par PFLEUMER, le Directeur d’AEG contact Carl BOSCH à IG Farben, fabricant de produits chimiques, pour lui passer commande de la fabrication d’un ruban magnétique. Cette bande sera fabriquée dans l’une des filiales d’IG Farben, la société Badinisch Anylin und Soda Fabrik, qui n’est autre que BASF, qui met au point la vraie formule de la bande magnétique avec la préparation d’un oxyde fixé par un liant sur un ruban de plastique.
En 1934 la société BASF améliore sa formule en introduisant l’oxyde ferrique qui apporte une bien meilleure fiabilité.
Le "magnetophon" a été utilisé en Allemagne dès 1936. Les premières machines étaient fabriquées par AEG.

En 1941 deux ingénieurs de chez AEG, Von BRAUNMUHL & WEBER mettent au point le champ Haute Fréquence pour la prémagnétisation et l’effacement du ruban magnétique. BRAUNMUHL ne connaissait pas les travaux de CARLSON et c'est de manière tout à fait accidentelle qu'il a découvert la prémagnétisation HF.
C’est le vrai départ de l’enregistrement magnétique car le résultat devient vraiment exploitable et de qualité.

A cette époque, le magnétophone est inexistant aux Etats Unis.

En 1947, AMPEX sort son premier magnétophone commercial, le modèle 200 qui est un engin tournant à 30 IpS (pouce par seconde) et qui affiche une bande passante de 20 Hz à 18 KHz à + ou – 2 dB.
AMPEX vient de : A. M. P. pour Alexander M. PONIATOFF, le fondateur de la société, et E.X. pour Excellence !
Le modèle 200 sera suivi du modèle 300.

En 1948 les enregistreurs à bande magnétique connaissent un essor sans précédent mais ces machines restent volumineuses et nécessitent une alimentation électrique conséquente.
C’est en 1949 que Willi STUDER développera l’un des premiers magnétophones de qualité transportable mais toujours tributaire d’une alimentation secteur le DYNAVOX.

En 1950 AMPEX sort le modèle 300 et Les PAUL jettent les bases d’une machine multipistes. (l'avènement des multipistes)

A cette époque il existait différentes courbes normalisées d’enregistrement, CCIR pour l’Europe et NAB pour les Etats Unis plus une variété de courbes propriétaires tel AME – Ampex Master Equalisation, etc.
En 1951, Willi STUDER qui a été obligé d’abandonner le nom DYNAVOX sort le magnétophone REVOX T 26 et le magnétophone professionnel STUDER 27.

La même année en Suisse, un jeune Polonais étudiant à l’université technologique de Lausanne du nom de Stefan KUDELSKI entreprend la construction d’un enregistreur audio autonome et portable.
Le premier NAGRA est né.

KUDELSKI a baptisé lui-même ses enregistreurs du nom de NAGRA, ce qui signifie à peu près enregistrer en Polonais. Il avait assisté aux démêlés de STUDER avec sa marque DYNAVOX et cherchait un nom suffisamment original pour qu’on ne vienne pas lui chercher des poux dans la tête.
Le NAGRA I sera fabriqué en 2 exemplaires en 1951 et seront achetés par Radio Genève qui les emporte sur l’Everest pour suivre l’expédition menée par Raymond LAMBERT.

En 1952 AMPEX sort le modèle 400 qui est très voisin du précédent modèle 300 et qui fait toujours appel à une mécanique rustique mais éprouvée. A côté de cela, AMPEX monte une équipe d’étude sous la direction de Charles P. GINSBURG et s’attaque à l’enregistrement hélicoïdal, sous l’inspiration de Marvin CAMRAS qui a eu idée de faire tourner une tête perpendiculairement à une bande 2 pouces de fabrication 3M de manière à gagner de la vitesse linéaire et accroître de ce fait la bande passante susceptible d’être enregistrée.
Un petit peu plus tard cette année, un jeune ingénieur de 19 ans, Ray M. DOLBY rejoignait l’équipe de recherche, … il a fait ses preuves par la suite.

En 1953 le NAGRA I est revu et corrigé par KUDELSKI et devient le NAGRA II auquel il lui adjoint plus tard un modulomètre.
Le modèle 600 d’AMPEX sort en 1954. C’est une machine monomoteur avec électronique à lampes et qui défile à 19 et 38 cm/s. En 1955 AMPEX fait une incursion dans le domaine grand public et sort le modèle 612 à 4 pistes.
C’est également en 1955 que STUDER sort le A 37 et le B 37, ainsi qu’un appareil compact le B 30.

Le NAGRA III voit le jour en 1958 et c’est une grande première, c’est le premier magnétophone professionnel portable entièrement transistorisé et complètement autonome qui offre une qualité comparable à une machine de studio.
En 1961 NAGRA invente le système Neo Pilot pour la synchronisation et équipe, pour l’industrie cinématographique, le NAGRA III en version Pilot dès 1962. En 1963 Willi STUDER sort le A 62 qui est le premier modèle STUDER professionnel totalement transistorisé.
1965, AMPEX sort la série AG avec l’AG 350 et l’AG 360 qui sont les premiers modèles transistorisés de la marque.
En 1966 apparition de l’AG 440 et de l’AG 600.

Les BEATLES et ABBEY Road choisissent le STUDER J 37 4 x pistes pour enregistrer l’album Sergent PEPPER, (l’album sera enregistré sur 2 machines synchronisées ce qui fait 8 pistes) nous sommes en 1967, c’est également l’année de sortie du REVOX A 77.

1968, KUDELSKI sort le NAGRA IV avec une technologie tout transistor silicium.
En 1970 STUDER introduit sur le marché le célèbre A 80 qui sera décliné en de multiples versions depuis le 1/4 de pouce jusqu’au 2 pouces et en différentes configuration de pistes.

Chez KUDELSKI on sort le NAGRA IV S stéréo ainsi que le NAGRA Miniature SN sur bande 1/8 de pouce.

Aux Etats Unis c’est l’époque du MM 1000 chez AMPEX qui se décline comme le A 80 en de multiples versions du ¼ de pouce au 2 pouces.

Il y a également quelques autres marques qui mériteraient d’être citées dans ce bref historique de l’enregistrement magnétique. Je pense à STELLAVOX de George QUELLET, à LYREC dans l’Europe du nord, ainsi que le BRENNEL au Royaume Uni… et bien d’autres encore.

En résumé, comme on peut le constater sur les illustrations, tous les magnétophones se ressemblent.
Un magnétophone est constitué d’une platine porte bobine avec un axe pour la bobine débitrice, un axe pour la bobine réceptrice, un bloc de tête, un cabestan destiné à l’entraînement de la bande, un clavier de commande et une électronique traitant le signal Audio.