L'UNIVERS DES DISQUES ANDRE CHARLIN

Noir et Or, étaient les couleurs des pochettes des LP CHARLIN. Reconnaissables entre tous, ces disques forçaient l'admiration par leur qualité et leur musicalité. On aurait pu les qualifier de disques audiophiles...sauf que le terme audiophile n'était pas encore d'actualité.
André CHARLIN a donné son nom à son label car, comme il le dit lui même :
"après tant de temps passé à enregistrer pour les autres, je pouvais bien enregistrer des disques sous mon nom".

J'ai auditivement "rencontré" André CHARLIN en 66/67, par l'intermédiaire d'un élève Ingénieur en électronique qui avait un électrophone de marque CHARLIN
Il avait également en stock quelques disques CHARLIN.
A cette époque les électrophones étaient légions. Beaucoup d’entre eux étaient plutôt médiocres, d’autre étaient franchement mauvais, mais dans le cas présent l’appareil CHARLIN était d’une grande qualité musicale pour un simple électrophone.
C’était un ravissement d’écouter des disques dans ces conditions.
Depuis ce jour-là, je me suis toujours intéressé aux équipements et enregistrements CHARLIN.


Sans entrer dans les détails de la biographie d'André CHARLIN qui est consultable sur d'autres sites, voici, succinctement, comment il en est arriver à "faire des disques".

Les années Cinéma

Dès le départ, la reproduction sonore a été son fond de commerce.

André CHARLIN était un ingénieur inventif qui a déposé ses premiers brevets concernant les hauts parleurs électrodynamiques en 1922.

Jusqu’en 1948 André CHARLN travaillait essentiellement pour le cinéma.

Camion son, enregistrement optique, équipement de projection et équipement de reproduction sonore pour théâtre cinématographique.

Il était fabricant de matériel et avait conçu un projecteur fiable et de très bonne facture : l’ACTUACOLOR.

C’est avec ce matériel qu’il équipera ¼ des salles de cinéma en France et plus de la moitié des salles parisiennes.

En 1948, changement d'orientation, il arrête le cinéma.
L’activité cinématographique est cédée à PHILIPS qui hérite ainsi du brevet du couloir courbe qui sera utilisé plus tard sur le FP 20.


1949, l’année du changement !

CHARLIN abandonne le cinéma et se consacre à l’enregistrement sonore et à la construction de matériel électroacoustique et chaine HiFi.

C’est l’année de la création du LABORATOIRE, puis du CECE – Centre d’Enregistrement des Champs Elysées
au 15 de l’Avenue Montaigne derrière le théâtre des Champs Elysées.

La carrière au disque d’André CHARLIN débute donc en 1949 et comme il le dit si bien lui-même :
“Je n’étais plus tout à fait un débutant”.
Ce début d’activité correspond également à l’avènement du disque microsillon, et ce n’est pas anodin puisque André CHARLIN fabriquera le premier microsillon français pour le compte de l’OISEAU LYRE.
La collaboration entre André CHARLIN et Louise B. M. DYER est un épisode du plus haut intérêt pour les 2 entreprises, d'une part le CECE et d'autre part l'OISEAU LYRE.

A cette époque il travaillera pour tout le monde, DUCRETET, ERATO, DISOPHILE, LUMEN, BAM et bien d'autres...

Disques André CHARIN

En 1962, après avoir beaucoup travaillé pour les autres, il s’est dit :
“Pourquoi ne pas faire des disques sous mon nom ?”

A partir de 1962 après la création de son propre label, il a été moins sollicité par ses anciens clients tant pour les prises de son que pour les gravures. En fait, ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé. C’est parce qu’il était moins sollicité qu’il a créé son propre label : disques André CHARLIN.
Il profite du désengagement de DUCRETET, qui cède son activité disque à PATHE MARCONI, pour "récupérer" certains des enregistrements emblématiques ou "meilleurs enregistrements" réalisés en leur temps pour DUCRETET qu'il intègre à son catalogue sous la référence SLC.
En dix ans le paysage du disque français s'était considérablement modifié.
En 1962 il n’était plus tout seul sur le marché et il avait une certaine concurrence.

La FIN des Disques André CHARLIN

En 1979, une sordide histoire hâtera la fin du CECE et des LABORATOIRES CHARLIN. André CHARLIN était tout sauf un gestionnaire, il faisait confiance à son staff et quand on lui présentait un parapheur il signait sans vérifier.
Ce triste passage de l’histoire d’André CHARLIN est dû à la malveillance et à la cupidité de certains cadres de sa propre société qui ont tenté de le dépouiller et de s’approprier ses biens puis de le mettre dehors, en glissant dans une pile de factures à signer un document de cession des parts de ses sociétés.
Lors d’une réunion de l’association des amis de Léonce de St MARTIN, courant 1979, il avait fait part de ses problèmes et s’était excusé de ne pouvoir réaliser le prochain enregistrement de l’association.
Procès, tribunaux, André CHARLIN aura finalement gain de cause et sera réhabilité, mais le mal était fait et cet épisode aura raison de ses sociétés tant dans le domaine du disque que de l’électroacoustique.

La période ALBOHAIR

Courant 1980, et avec la bénédiction de Madeleine CHARLIN, André CHARLIN cède de son vivant le catalogue de disques, la signature prestigieuse, les mères existantes et quelques bandes sauvées du désastre à des fidèles entre tous : Monsieur et Madame ALBOHAIR, alors disquaires à St MANDE.
Les ALBOHAIR n’étaient pas de simples disquaires, c’étaient des disquaires motivés qui exerçaient leur métier avec passion, et par l’intermédiaire de la société DISCO SHOP ils importaient et distribuaient des disques, dont un certain nombre de marques étrangères, notamment en provenance du Royaume Uni.

C’est à la période ALBOHAIR que l’on doit la distribution des disques A. CHARLIN à partir des années 80 et les rééditions des disques André CHARLIN au format CD.
Aux dires d’Arlette ALBOHAIR, André CHARLIN, qui n’aura pas connu le son numérique, aura juste eu l’occasion d’écouter le résultat des tous premiers transferts sur CD avant de nous quitter en 1983.
Arlette ALBOHAIR me confiait, qu’elle écoutait les travaux de numérisation avec une vigilance extrême en se référant à l’écoute du vinyle, avant de donner son feu vert pour l’édition des CD.
C’est également à Elle que l’on doit les quelques rééditions vinyle en pressage audiophile 180 grammes chez un presseur allemand.
Arlette ALBOHAIR s’est toujours intéressé à la musique enregistrée et notamment à la musique classique.
Avant d'être disquaire à St MANDE, elle a eu l’occasion de travailler chez BARCLAY, mais comme elle le dit elle même... ce n'était pas vraiment du classique.

LP, CD, média dématérialisé... à quelle sauce en 2018 ?

Le progrès technique est une "chose", on n'arrête pas le progrès et le comportement humain est une autre "chose"...
Malheureusement la personne humaine est essentiellement versatile et à l'affut des modes... bonnes ou mauvaises d'ailleurs !
Si en 1983 le CD a porté un rude coup aux éditeurs de Vinyles, à partir de 2010, le changement d’habitude des consommateurs porte un rude coup au CD et aux quelques maisons de disques qui ont survécu.
Indépendamment du support et du codec, et du cas de la musique dématérialisée, on constate que c'est la musique classique qui est boudée.
Le MP3 était, depuis sa création, un format peu compatible avec la musique classique et les enregistrements à haute musicalité, ça nous le savions depuis le début !
Par la suite, la généralisation de la dématérialisation, quel que soit le niveau qualitatif recherché, met un point “presque” final à la vente de CD.
Les éditions André CHARLIN qu'Arlette ALBOHAIR fait vivre depuis maintenant plus de 35 ans n'échappent pas à la règle.

Disques André CHARLIN suite :